Un barrage vidé en Inde pour un smartphone, le fonctionnaire suspendu

Imaginez la scène. Un barrage, des millions de litres d’eau, un soleil au zénith… et au milieu de tout ça, un téléphone tombé à l’eau lors d’un selfie un peu trop ambitieux. C’est pourtant bien ce qui s’est produit en Inde, dans l’État du Chhattisgarh. Rajesh Vishwas, un fonctionnaire indien, est devenu (bien malgré lui, sans doute) la star d’une histoire à la fois rocambolesque et tristement révélatrice d’un certain rapport à nos précieuses technologies… et à nos ressources naturelles.

Trois jours de pompage, des millions de litres d’eau… et un Samsung mouillé

Tout commence au barrage de Kherkatta, où Rajesh Vishwas fait une halte. Petit selfie, grande catastrophe : son smartphone, un appareil Samsung, finit au fond du réservoir. Face à la perte, notre fonctionnaire ne baisse pas les bras. Après tout, le téléphone renfermerait, selon ses mots, des données gouvernementales sensibles. Impossible donc de laisser l’engin dormir au fond de l’eau !

Après avoir sollicité des plongeurs locaux, sans succès (on imagine les plongeurs, à tâtons dans l’eau trouble, maudissant la technologie moderne), Rajesh Vishwas décide donc de passer à la vitesse supérieure : il sort le grand jeu, puis le grand tuyau. Une pompe à diesel est amenée – à ses frais, précise-t-il – et voilà que commence l’événement hydrologique de l’année. Trois jours durant, des millions de litres d’eau sont pompés hors du barrage.

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Suspension, polémiques et accusation d’abus de pouvoir

La récupération du Samsung touche enfin à son terme. Problème : une fois extrait de son bain, le téléphone est resté stoïque… et hors-service, car gorgé d’eau. Pas de bonus écologique, ni de happy end technologique. Seul reste un vaste débat, et une enquête administrative.

Dans la foulée de l’opération, la responsable du service des ressources en eau débarque, alertée par une plainte. Résultat : la mission est interrompue, Rajesh Vishwas est suspendu. Priyanka Shukla, responsable du district de Kanker, résume en une phrase le courroux officiel : « L’eau est une ressource essentielle et elle ne peut pas être gaspillée comme ça. »

L’affaire dépasse rapidement le cadre des couloirs administratifs. Certains politiciens saisissent la balle au bond. Le vice-président national du parti d’opposition de l’État tweete ainsi, non sans une pointe d’indignation :

  • « Lorsque les gens dépendent des camions-citernes pour l’installation d’eau pendant les étés torrides, le fonctionnaire a vidé (des millions de) litres qui auraient pu être utilisés pour l’irrigation de 1 500 acres de terres. »

Face à la polémique, Vishwas tente de se justifier. D’abord en affirmant avoir reçu une autorisation verbale pour drainer « un peu d’eau dans un canal voisin », et que la manœuvre devait « bénéficier aux agriculteurs qui auraient plus d’eau ». Il nie tout abus de position et précise enfin que l’eau vidangée provenait seulement de la section de débordement du barrage, qu’il juge « non utilisable ».

L’eau, le bon sens et les selfies

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’affaire suscite plus de vagues que le simple sauvetage d’un téléphone. Cette histoire, à l’humour quelque peu amer, pose des questions sérieuses :

  • À quel point sommes-nous prêts à aller pour protéger nos appareils et nos données ?
  • Comment concilier la protection de l’intérêt personnel et la préservation d’une ressource vitale comme l’eau ?
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En Inde comme ailleurs, cette anecdote puise dans un réservoir d’enseignements : la prochaine fois que vous prenez un selfie au bord de l’eau, tenez bon votre téléphone ! Et une pensée pour tous ces litres gaspillés devrait suffire à nous rappeler que certaines pertes… sont parfois moins graves qu’il n’y paraît.

Eva David

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